Bulletin d’août / septembre 2018

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ACCORDER LE STYLE DE VIE ET LA PRATIQUE 

 

Les écritures spirituelles ne parlent pas de l’illumination ou de la réalisation, mais plutôt commencent avec une pensée basique : comment dépasser la souffrance dans la vie. Parvati l’épouse de Lord Shiva et la première disciple à laquelle il a parlé du yoga et des tantras, pose cette question à Lord Shiva. Elle dit « Dans ce monde, dans cette création, il y a la souffrance. Comment une personne peut-elle dépasser la souffrance, y-a-t-il une méthode ? ». Les instructions que Shiva donna à Parvati pour  dépasser la souffrance dans la vie sont les instructions du yoga et du tantra. De cette manière, la fondation du yoga et du tantra a été de comprendre la souffrance de la vie  humaine et de faire l’essai et l’effort de la dépasser.

Même Buddha commença son voyage avec les mêmes questions de base. Les questions qui l’ont motivé pour explorer la vie spirituelle étaient «  qu’est-ce que la souffrance, comment peut-on la comprendre et la dépasser ? ». La philosophie de Buddha est basée sur la souffrance humaine et comment la dépasser. Similairement, la philosophie de Mahavir, l’interprète de la philosophie jaïn, aussi commence avec l’essai de comprendre la souffrance humaine. Si vous regardez la vie du Christ, il fut aussi concerné avec la souffrance humaine ;  les gens disent qu’il mourut pour notre souffrance, pour nos péchés. Quand je regarde tous ces exemples différents dans l’histoire, et les idées originales derrière chaque philosophie et système de la pratique spirituelle, nulle part je trouve une déclaration qui  dit que la vie spirituelle est la réalisation de Dieu. Au lieu, l’idée qui ressort est que la vie spirituelle indique une vie libre de souffrance, où vous êtes dans un état de béatitude, de bonheur et de plénitude, et toutes ces facultés de votre vie se manifestent avec homogénéité.

Les trois causes de la souffrance :

La souffrance a été classifiée en 3 groupes : adhyatmic, adhibhautic et adhidaivic. Un type de souffrance a son origine à l’intérieur du soi. Vous êtes la cause de votre souffrance. Votre mental est la cause de votre souffrance. Votre association avec le monde des objets des sens est la cause de votre souffrance, parce que ce sont vos attentes. Cela est une catégorie, un groupe et dans ce groupe vous pouvez inclure les choses, comme le stress, la tension, l’anxiété, la peur, les phobies, les inhibitions, les complexes, les névroses, les psychoses. Chaque chose peut être mise dans cette première catégorie de la souffrance, adhyatmic, qui a son origine dans le soi.  Les problèmes mentaux, psychologiques, spirituels et sociaux que vous affrontez sont votre création, parce que vous ne savez pas comment gérer les conditions déformées des états du mental ou des émotions. Cette première catégorie de souffrance provient de soi-même.

Adhibhautic, cette souffrance vient du monde et elle vous affecte aussi. La souffrance qui vient du monde essentiellement, affecte le corps physique, créant des problèmes comme la fièvre, l’asthme, le diabète et le cancer. La cause racine de ces maladies est l’environnement dans lequel vous vivez, comment vous vous débrouillez avec votre environnement et avec l’attitude avec laquelle vous vivez votre vie.

Adhidaivic, cette souffrance est la souffrance destinée, ce que vous êtes destiné à faire dans cette vie. Cette catégorie est plus reliée aux actions passées et à vos réponses au monde et aux évènements, circonstances et situations auxquelles vous êtes exposées et pour lesquelles vous n’avez pas de contrôle. C’est la souffrance destinée.

Les sages ont classifié la souffrance en ces catégories :

Adhyatmic, quelque chose qui vient de l’intérieur de vous-même.

Adhibhautic, quelque chose que vous recevez de l’environnement et du  monde dans lequel vous vivez.

Adhidaivic, quelque chose qui est destiné à se produire.

Associer abhyasa et vairagya :

Quest-ce que la sadhana ? les gens disent que la sadhana est une pratique spirituelle, mais si vous regardez dans le concept et l’idée de la sadhana, vous découvrirez que c’est une pratique constante conduisant à l’harmonie et l’équilibre au niveau physique aussi bien qu’au niveau psychologique. Les deux composants de la sadhana sont abhyasa, la pratique et vairagya, le détachement.

Pourquoi vairagya est-il important dans la sadhana ?  C’est l’association du mental avec ce monde des objets des sens qui crée l’attachement, et l’attachement déforme la clarté du mental. Une fois que la clarté du mental est partie, la discrimination est perdue et vous êtes attiré par les objets des sens. Quand vous êtes influencé par le pouvoir des objets des sens, l’attachement est expérimenté, l’identification est expérimentée, le désir et l’attente sont expérimentés, et quand vous êtes pris dans le tourbillon des désirs et des attentes, une nature d’obsession compulsive se manifeste. Donc, vairagya vient dans un mental libre de cette identification obsessive avec les objets des sens.

Raga est le résultat d’une association avec un objet des sens que vous sentez qu’elle vous donnera le plaisir et le confort. Le Yoga Sutras 2 :7 : Sukhanushayi ragah, signifie que là où vous  pouvez avoir le confort et le bonheur, vous êtes attiré en ce lieu, cet objet, cette personne. De cette façon, l’attachement vient quand il y a une identification de quelque chose de plaisant et de beau que vous pouvez avoir, expérimenter ou acquérir.  Quand le désir n’existe pas, alors l’attachement n’existe pas. Si vous ne vous identifiez pas avec l’objet, en pensant qu’il vous donnera le bonheur, alors raga n’existe pas. Vairagya donc,  signifie l’absence de la conduite de l’attachement obsessif et compulsif. Vous pouvez garder le mental libre de ce désir intense, de cette attente intense, de ce besoin intense, et quand le mental est libre, il est en paix.

Le suivant est abhyasa. Abhyasa est la pratique qui conduit à un état de restriction des forces des sens et du mental qui s’expriment à l’extérieur.  C’est le but d’abhyasa : de restreindre l’énergie, de ramener l’énergie qui sort de vous-même dans le monde, et qui est la cause de votre association et connexion avec le monde, l’environnement, les gens et les objets des sens. Abhyasa et vairagya ensembles constituent la sadhana. Juste abhyasa, pratiqué sans vairagya ne peut jamais être considéré comme la sadhana. Abhyasa est un karma, un kriya, une action.

Le but de la sadhana :

La sadhana est une nécessité quand il y a la souffrance physique et mentale, parce qu’elle permet de se déconnecter du sentiment de la souffrance. Durant la souffrance, la peur aussi se manifeste. La souffrance amène la peur, la maladie amène la peur, et cette peur diminue les pouvoirs du mental. Donc, la sadhana devient le moyen par lequel vous pouvez dépasser ces peurs et ces insécurités qui sont normales dans la vie.

Quel est le but et la direction de la sadhana ?  Comment savez-vous que vous êtes sur le chemin juste et que votre sadhana vous donne le résultat désiré ?  Le moyen de savoir est d’observer votre vairagya. Observez votre vairagya, observez votre raga. Quand vous vous demandez comment savoir que vous progressez dans la vie spirituelle, les maîtres vous donnent seulement une réponse. La diminution de l’identification sensorielle et sensuelle est une indication que vous progressez dans votre sadhana spirituelle. Votre mental est de plus en plus équilibré et il gravite de moins en moins autour de situations transitoires et temporaires où vous pouvez avoir un clin d’œil momentané de bonheur ou de tristesse. La réduction des désirs, des attractions, des associations et des attachements est, donc, une indication que votre sadhana vous donne le résultat désiré.

Vairagya n’est pas une négation. Vous ne niez rien avec vairagya ; plutôt, c’est l’acceptation de la situation de savoir comment sortir du labyrinthe créé par le mental en relation avec les objets des sens. Cette souffrance est causée par la nature tamasique du mental. Une nature satvique ne connait pas la souffrance, c’est la nature tamasique qui expérimente la souffrance. La nature satvique est libre de toutes les attractions et les répulsions, raga et dwesha et expérimente l’harmonie et le contentement. Le mental envieux est tamasique, le mental avec des désirs qui cherche la reconnaissance et la satisfaction, et c’est ce mental envieux, le mental tamasique, qui devient la racine cause des problèmes humains. Le but de la sadhana est, donc, d’aller de l’état tamasique vers l’état de sattva. La sadhana doit vous conduire des conditions tamasiques aux conditions sattviques. Seulement alors la qualité de la vie s’améliore.

 

                                                                           Le 8 avril 2011, Ganga Darshan/Munger

                                                                                Swami Niranjanananda Saraswati